Les témoignages

Lettre d'Elisabeth :

Mes amis, vous tous ici, je voudrais vous dire mon histoire d’adoption de nos 6 enfants avec mon mari, il y a une trentaine d’années, je voudrais vous dire la réalité de ce que nous avons vécu et de ce que nous avons essayé de construire :

·         Ce temps d’accueil de cette réalité de ne pouvoir avoir d’enfant de notre chair, un temps de deuil, long, difficile, cruel parfois, et douloureux souvent. Faire le deuil de la chair de sa chair…

·      Ce temps de discernement du devenir de notre vie à deux : l’adoption, ce n’est pas dans la nature proprement dite, ça ne s’impose pas comme une évidence ! à telle enseigne que nombre de couples dans ce cas ne suivent pas cette voie !

·      Puis une fois la décision prise après mûre réflexion, ce temps de ce que l’on appelle souvent ‘un parcours du combattant’ :

·      Celui où il faut faire passer au crible des assistantes sociales et psychiatres les raisons pour lesquelles on souhaite adopter un enfant, celui où, comme si on passait un examen, on attend la réponse pour savoir …si on est apte

·      Ce temps où l’on pose sa candidature à la DDASS, et où l’on comprend vite que compte tenue de notre mobilité (tous les 2 ans), on n’aurait jamais d’enfant français, nous retrouvant à chaque fois en fin de liste, alors qu’il y a si peu d’enfant à adopter en France…

·      Ce temps alors de la réflexion pour vérifier notre capacité à accueillir un enfant du bout du monde parfois,  vérifier notre capacité à  accepter la différence, celle d’assumer l’inquiétude face aux problèmes qui pourront jaillir de cette différence…

·      Ce temps de lancer des pistes pour y parvenir : 250 lettres, écrites à la main, aux mots choisis, pesés, dans l’espoir que cette lettre sera lue, cette lettre au milieu de tant d’autres qui espèrent une réponse favorable.

·      Ce temps de l’ouverture de la boîte aux lettres, chaque matin, avec trop souvent l’espoir déçu d’une réponse négative : ‘trop de demandes’, ou pas de réponse du tout, et où il faut réécrire.

·      Ce temps où enfin, on accepte votre dossier…prémices d’un enfant dont on connaîtra le visage, encore bien longtemps après ;

 Et pour nous, 2 visages à chaque fois, après un dossier monté pour une fratrie : une fratrie parce que nous avions la conscience qu’un enfant, ça ne se commande pas, ça ne se choisit pas, parce qu’un enfant se reçoit, un don infiniment précieux qui nous est fait. Alors si cet enfant doit être 2, ou 3, ou 4…nous sommes prêts, même si nous sommes inquiets…

Puis vient le temps de la rencontre, de l’apprivoisement, celui ou tel met plus de 6 mois à émettre un sourire, ou tel se laisse comme mourir face aux bouleversements qui l’attendent et qu’il ressent tout de suite…histoire poignante de ces enfants qui ont déjà un passé si lourd, ces enfants qui ont tant besoin de repères pour enfin vivre.

Ces enfants, nos enfants dont je vous parle nous disent leur joie de vivre ce qu’ils vivent, nous disent leur fierté de ce qu’ils sont devenus, ils nous disent aussi les difficultés qu’ils ont eues à se construire parfois, et le besoin qu’ils ont eu de trouver en leur père ou en leur mère, selon les circonstances, l’appui sur lequel compter.

Quel beau cadeau ces fois où l’on m’a dit que tel de mes garçons au faciès d’un autre monde, ressemblait à son père : quelle chance pour cet enfant, je crois, je suis sûre, d’avoir eu un père, jusqu’à en avoir certaines expressions…

Je pose deux questions :

1 : N’avons-nous pas des comptes à rendre à ces mères qui, pour la plupart, n’ont pas choisi de vivre cette extrémité d’avoir à laisser leur enfant, dans l’espoir que ce geste se transforme en don qui sauvera leur enfant ?

2 : Et quel droit avons-nous sur ces enfants en attente légitime de parents, après l’abandon traumatisant qu’ils ont vécu ?

Voici les réponses que je m’autorise à vous donner :

Au regard de ce que j’ai vécu et que je vis dans l’adoption de mes enfants, je dis que nous n’avons que des devoirs, celui fondamental de les traiter avec humanité pour qu’ils soient des adultes pleins d’humanité, avec pour socle fondamental de leur offrir un père et une mère, repère pour eux de filiation, et parce que depuis que le monde est monde, ‘homme et femme Il les créa’.

J’ai eu l’occasion de parler avec un couple vivant une relation homosexuelle. Ils me confiaient alors le deuil qu’ils avaient eu à faire de l’enfant. Ces personnes doivent être accueillies avec fraternité, mais nous ne pouvons en aucun cas leur accorder ce droit à l’enfant, comme le promeut ce projet de loi.

Pour illustrer cela, je voudrais vous lire le témoignage de cet homme élevé par sa mère et sa compagne, paru récemment dans la presse: à la question : De quoi avez-vous souffert ? Voilà sa réponse :

 «De l’indifférence des adultes aux souffrances intimes des enfants, à commencer par les miennes. Dans un monde où leurs droits sont chaque jour évoqués, en réalité, c’est toujours ceux des adultes qui prévalent. J’ai également souffert du manque d’un père, une présence quotidienne, un caractère et un comportement proprement masculins, une altérité par rapport à ma mère et à sa compagne. J’en ai eu conscience très tôt. J’ai vécu cette absence de père comme une amputation ».

 

 

 

 

 

Lettre de Madame Crépy:

Nous, parents ayant attendu de longues années avant d’adopter 2 enfants de 5 et 2 ans, nous comprenons particulièrement la souffrance de couples hétéro ou homo qui ne peuvent pas avoir d’enfant.

Cependant, nous posons une question simple au gouvernement et à nos députés :

Avez-vous  mesuré les conséquences de cette loi et pris en compte les intérêts de l’enfant adopté ?

Avez-vous déjà mesuré le traumatisme pour des enfants d’être privés « par accident de la vie» de leurs racines biologiques  alors que ces enfants ont encore plus besoin d’un père et d’une mère pour réussir à réparer ce traumatisme de l’abandon?

Avez-vous mesuré qu’un enfant orphelin doit déjà apprendre à vivre et se construire avec des parents différents dans un pays différent avec une langue différente parfois, peut être une couleur de peau différente ?  Faut-il, après qu’il ait été privé de ses parents biologiques, lui rajouter une différence ? Faut-il lui faire porter délibérément sur ses épaules déjà fragiles  le manque d’un père ou le manque d’une mère ?

Mesdames et Messieurs les ministres et députés, avant de proposer ou de voter cette loi, avez-vous mesuré à quel point elle contribuerait à augmenter encore la souffrance psychologique des enfants adoptés ?

 

Nous, parents ayant adopté, nous posons une deuxième question simple au gouvernement et à nos députés :

Savez-vous que 27 000 couples sont en attente d’enfant alors que seulement 2900 enfants ont été adoptés en 2011  et que ce chiffre ne cesse de baisser chaque année ? Que le nombre d’enfants adoptés à l’étranger a baissé de 40% entre 2010 et 2011 ?

On dit que les enfants seraient mieux avec 2 pères ou 2 mères plutôt qu’à l’orphelinat mais c’est tout simplement faux car il y a beaucoup plus de parents hétérosexuels en attente d’enfant que d’enfants adoptables !

Savez vous que les enfants confiés à l’adoption sont de plus en plus souvent des enfants grands ou des enfants malades physiquement ou psychiquement ? Dans les faits, imaginez vous un enfant de 7 ans voire de 9 ou 10 ans à qui on impose comme parents deux hommes ou deux femmes quand rien, dans la culture de son pays ne le prépare à un tel bouleversement ?

Mesdames et Messieurs les ministres et députés, avant de proposer ou de voter cette loi, pouvez vous nous dire, en ayant en tête l’intérêt des enfants, pourquoi instaurer l’adoption homosexuelle alors que tant de couples attendent déjà un enfant à adopter ?

 

Nous, parents ayant adopté, nous posons une troisième question simple au gouvernement et à nos députés :

Savez-vous par exemple qu’en Belgique, pays qui autorise l’adoption par les couples homosexuels depuis 2006, aucun enfant étranger n’a été adopté car la plupart des pays étrangers refusent les adoptions par les couples homosexuels ?

Savez-vous qu’en Russie par exemple, où un nombre important d’enfants sont adoptés par des étrangers chaque année, les autorités restreignent les adoptions par les personnes célibataires par crainte que les enfants soient confiés à des couples homosexuels ?

Avant de proposer ou de voter cette loi, avez-vous mesuré à quel point il serait pratiquement impossible aux couples homosexuels d’adopter des enfants orphelins ? Et si oui alors pourquoi faire voter cette loi ? Pour faire voter ensuite la Procréation Médicalement Assistée pour les femmes homosexuelles ? Pour faire voter la GPA ou mères-porteuses pour les hommes homosexuels ?

Mesdames et Messieurs les ministres et députés, avant de proposer ou de voter cette loi, pouvez-vous honnêtement nous dire où vous voulez en venir car nous, le bricolage génétique et la marchandisation du corps des femmes nous n’en voulons pas dans notre pays !


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Lettre de Guillemette:

Messieurs les Sénateurs, Messieurs les députés,

Nous, parents adoptifs, tenons à exprimer notre voix sur le projet de loi « Mariage et adoption pour les personnes de même sexe ».

Nous sommes libres de toute appartenance à une famille de pensée ou à une structure officielle.

C’est notre expérience commune auprès de nos enfants qui légitime notre parole.

 Nous avons adopté nos enfants en France ou à l’étranger. Ils sont encore petits ou déjà adultes.

Chacun a une histoire unique, il la porte en lui. C’est son secret…

 Mais ils ont tous en commun d’avoir été privés, par un accident de la vie ou par nécessité, de leur père et de leur mère biologiques.

Un enfant qui a déjà été privé d’un père et d’une mère, ne peut pas être privé à nouveau – et cette fois délibérément - d’un père ou d’une mère.

C’est beaucoup trop lui faire porter sur ses épaules déjà fragilisées.

Et comme le dit Benoît, un garçon adopté maintenant adolescent : « Ce dont rêvent tous les enfants de l’orphelinat, c’est d’avoir un jour un papa et une maman !».  

Pourquoi ? Parce qu’ils ont été conçus par un père et une mère ; parce que les enfants autour d’eux ont un père et une mère ; parce qu’ils ont besoin que soit réparé le traumatisme de la perte de leur père et de leur mère d’origine.

 C’est pourtant cette « double peine » que veut organiser et légitimer ce projet de loi pour les enfants, que ce soit par l’adoption ou par la procréation médicalement assistée.

 Avec la Procréation Médicalement Assistée pour les femmes homosexuelles, les enfants seront doublement et délibérément privés de père : la privation de leur père biologique (par don anonyme) et l’absence de père dans leur vie.

Pour les  hommes, avec la Gestation Pour Autrui qui suivra inéluctablement la PMA au nom de l’égalité, on privera triplement ces enfants de mère : la donneuse qui est la mère génétique, la gestatrice qui, dès le départ aura programmé de l’abandonner et dont on aura loué le corps, et enfin une mère dans sa vie.

C’est rajouter de la souffrance à la souffrance. C’est injuste, c’est d’une grande violence pour les enfants. C’est un déni de réalité !

Des adultes adoptés le disent : « ne pas connaître celui ou celle qui m’ont engendré est une béance à vie ».

 La plupart d’entre nous, y compris les personnes qui réclament cette loi, nous avons grandi, un temps soit peu, avec le père et la mère qui nous ont conçus.

 Et on voudrait ainsi légitimer, programmer délibérément pour l’enfant le secret de ses origines, l’abandon de ses géniteurs et une accumulation d’obstacles pour grandir ? Mais qui est-on pour imposer cela ?

 Les enfants ont besoin de cohérence, de s’enraciner dans une famille avec un père et une mère ; de savoir d’où ils viennent pour se construire, et construire leur avenir ; et quand cela n’est pas possible par un accident de la vie, de pouvoir s’inscrire pleinement dans une filiation crédible où l’enchaînement des générations est compréhensible.

 Ces besoins sont existentiels ! Ils sont vitaux ! Ils ne sont pas optionnels !

 Comment ces enfants pourront-ils avoir confiance dans des éducateurs qui auront fait passer leurs désirs personnels avant les besoins les plus fondamentaux de leurs enfants ? Qui auront fait appel à ce bricolage et à ce marchandage procréatif ?

Comment pourront-ils avoir confiance dans une société qui aura décrété à l’avance l’absence d’un père ou d’une mère pour grandir, avec en plus l’absence d’origine paternelle ou maternelle ?

Comment priver sciemment un enfant de ces socles fondateurs de son existence !

 C’est un abus de pouvoir exorbitant des adultes sur les enfants, des plus forts sur les plus faibles !

 Un enfant n’est pas un droit, un enfant n’est pas un objet, ni un bien que l’on acquiert et que l’on fabrique ! Un enfant s’accueille, un enfant a besoin d’être protégé, et surtout renforcé et consolé là où il a été blessé !

L’adulte doit être au service de l’enfant et non l’inverse !

 Nous, parents adoptants, pensons qu’il est urgent de prendre en compte cette réalité avec le plus grand sérieux ; c’est le fruit de notre expérience quotidienne aux côtés de nos enfants.

 Messieurs les Sénateurs et Députés,

Vous ne pourrez pas dire aux enfants, ni aux citoyens, que vous ne saviez pas.

 Au nom des parents adoptants, au nom des droits des enfants, au nom de l’égalité entre les enfants, au nom de la solidarité que notre société doit exercer à leur égard, nous vous demandons de ne pas voter cette loi.

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Lettre de Nicolas:
Je m'appelle Nicolas, j'ai 24 ans, marié avec Daniella depuis le 16 juin. Tout s'est bien passé dans le meilleur des mondes si je devais faire un bref résumé. Meilleur des mondes, c'est le mot. Mais tout cela n'est pas arrivé tout seul. Je suis bien parti de quelque part avant d'en arriver là.

Limousin depuis mes 6 mois, je suis né au Brésil dans une petite ville (à l'échelle du Brésil) située au Sud de Salvador de Bahia, Itabuna. Issu d'une famille de 10 enfants, mes parents biologiques n'avaient pas assez d'argent pour m'élever. 1988, une époque particulièrement difficile. Le Brésil d'hier n'avait rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Les familles ne pouvant élever tous leurs enfants avaient en général deux possibilités, vendre un enfant et laisser ce dernier se faire tuer pour le trafic d'organe, ou le laisser à l'orphelinat dans l'attente d'une adoption.

Mes parents biologiques ont manifesté un fort geste d'Amour en me donnant la possibilité de vivre.
Et me voici recueilli dans des bras d'amour dès l'âge de mes 6 mois. Vous savez, il y a toutes sortes de rencontres amoureuses dans la vie, j'entends au sens ou l'on rencontre son premier Amour, dès l'âge de 6 mois, une belle jeune femme douce comme un chant de Provence et élégante comme un chapeau d'Alsace, m'a pris dans ses bras en me serrant très fort contre elle, petit bout de vie que j'étais, et j'en suis tombé fou d'amour. Tellement fou d'amour que ce qui nous a uni dans ce premier câlin est plus qu'une filiation; au jour de ma naissance, j'étais à des lunes de penser que c'est au creux d'une blonde que j'apprendrais à dire: Maman…

Avec la force du tigre et à la fois la bonté d'un chef de meute, une paire de mains plus blanches encore se sont tournées vers moi, m'ont prise en un sanglot d'amour et de fatigue, car de Limoges à Salvador, fallait bien ça; elles m'ont serré à leur tour dans leurs bras. Un brave gaillard, sous les bras duquel j'ai vite appris à me blottir, car il me protège et à la fois m'encadre pour grandir sur la bonne voie. Ses mains étaient plus blanches que celles de ma maman, parce qu'il était pâtissier; elles sentaient bons la farine et les pains au chocolat que mon ventre était loin d'imaginer…C'est dans ces nouveaux bras d'amour que j'ai appris à dire Papa.

Aujourd'hui marié, je suis fier de pouvoir me projeter dans une vie de famille heureuse avec mon épouse. Nous souhaitons avoir des enfants et pouvoir à notre tour adopter des enfants. 
Je veux pouvoir accueillir notre fils/fille adoptif avec le même amour que mes parents m'ont donné lors de ce premier câlin à Salvador. 
Je veux pouvoir le/la voir grandir et l'élever au sein d'une fratrie aimante et solidaire. Pouvoir être attentif à l'évolution de nos enfants tant sur le plan morphologique que sur le plan de l'équilibre moral et affectif. 
Tels sont des témoignages que je veux pouvoir leur rendre. Tout cela ne serait pas possible, sans une pleine conscience de ma vie dès ma naissance, jusqu'à mon mariage avec mon épouse.

Je vous remercie, vous qui m'avez adopté au sein de votre famille et vous souhaite le même bonheur que j'ai vécu chaque jour de ma vie à vous qui souhaitez adopter.

 

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